Depuis le vernissage organisé le mercredi 6 mai, la Maison de la Région de Perpignan s’est transformée en un lieu de mémoire et de réflexion sur l’actualité ukrainienne. Ce projet, né de l’initiative de la Maison de l’Europe et réalisé en étroite collaboration avec la Maison de la Région, propose une immersion singulière dans la réalité du conflit. Jusqu’au 27 mai, les visiteurs sont invités à découvrir un parcours où le récit littéraire rencontre la force du témoignage visuel pour raconter l’histoire d’un pays en lutte.

Une collaboration entre littérature et photographie
L’exposition repose sur une synergie entre le texte et l’image. Elle s’inspire directement du livre de Philippe Lobjois « Sa majesté du Carnage » dont la narration sert de fil conducteur au parcours.
Pour donner corps à ce récit, les murs de la Maison de la Région s’habillent des clichés de François Thomas. Photographe de guerre, il livre ici des tirages qui saisissent la réalité de la guerre, l’horreur et la violence sur le territoire européen. Cette alliance entre la plume de l’écrivain et l’œil du photographe permet aux visiteurs d’appréhender la situation ukrainienne avec une humanité et une proximité saisissantes.
Un vernissage marqué par l’échange et le témoignage
Le vernissage a attiré un public nombreux, venu assister à un moment d’échange particulièrement riche. La rencontre a permis un dialogue direct et constructif entre les exposants et les participants, parmi lesquels se trouvaient de nombreux réfugiés ukrainiens mais aussi des personnes ayant connu l’Ukraine « d’avant ». Cette discussion a créé un lien et une proximité encore plus forte entre le public et l’exposition, permettant à tous et à toutes de se projeter dans la réalité de cette guerre.
Le point d’orgue de cette soirée fut le témoignage d’une adolescente ukrainienne. Sa prise de parole a permis de nous rappeler que la guerre est toujours aussi actuelle, toujours aussi douloureuse. En partageant son vécu, elle a permis à l’assemblée de dépasser le cadre médiatique pour toucher du doigt la réalité quotidienne d’une jeunesse marquée par les événements. Cet échange fructueux a souligné l’importance de tels lieux de parole pour maintenir une conscience éveillée sur la situation européenne.
A la Maison de l’Europe, Yelyzaveta, 23 ans, réfugiée Ukrainienne et porteuse du projet de l’exposition témoigne :
« Je m’appelle Lisa, Yelyzaveta en formel, et je suis originaire d’Odessa, que j’ai dû fuir à la fin du mois de mars 2022. Lorsque la guerre a éclaté, j’avais à peine 18 ans. Aujourd’hui, en tant qu’Ukrainienne accueillie ici, je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude aux auteurs, Philippe Lobjois et François Thomas.
Merci pour votre travail, qui est aussi difficile que dangereux. Merci d’avoir risqué vos vies pour montrer au monde la vérité sur cette guerre, sur les tragédies humaines et sur les crimes de guerre que la Russie a commis et continue de commettre chaque jour en Ukraine. Grâce à vos images et à vos mots, vous donnez une voix à ceux qui ne peuvent plus se faire entendre.
Il est primordial de ne pas oublier. De ne pas oublier que la guerre en Ukraine, bien qu’elle semble lointaine à certains, est en réalité bien plus proche qu’on ne le pense. Des gens continuent de mourir chaque jour. Il ne faut pas oublier non plus le drame de ceux qui fuient : des personnes qui ont dû abandonner toute leur vie, leurs rêves, pour se retrouver soudainement seules dans un autre pays, face à une autre culture, en devant tout recommencer à zéro.
Beaucoup d’entre nous ont encore leurs familles là-bas. C’est mon cas. Mon père est militaire, engagé pour défendre notre pays, et ma mère a choisi de rester à ses côtés pour ne pas le laisser seul. Alors, même si je reconstruis ma vie ici, en apparence paisible, mon esprit est constamment là-bas. Je passe des nuits blanches lorsque je lis qu’Odessa est sous les bombes. Mon premier réflexe, chaque matin dès l’aube, est de vérifier les actualités, de m’assurer qu’un missile n’a pas touché ma maison, et de regarder à quelle heure ma mère s’est connectée pour la dernière fois. C’est une angoisse invisible mais omniprésente.
Le travail de Philippe et François est essentiel pour que cette réalité ne devienne pas une habitude ou un simple chiffre aux informations.
Je vous remercie encore pour votre courage et votre humanité. Et de tout mon cœur, je nous souhaite à tous, et au monde entier, la paix.«
À découvrir jusqu’au 27 mai
Cette exposition est une invitation à ne pas détourner le regard. Elle offre un espace pour comprendre et échanger sur l’avenir de l’Europe.
- Où : Maison de la Région de Perpignan.
- Quand : Du 6 au 27 mai.
- Partenaires : Une initiative de la Maison de l’Europe, soutenue par la Maison de la Région.